Quand je remonte la rue Široká et que je croise des Porsche garées le long du trottoir, ce contraste absurde me fascine à chaque fois. Le quartier juif de Prague, en Tchéquie, offre un visage déroutant : vous vous tenez là où les plus pauvres s’entassaient autrefois dans les ruelles sombres et humides de l’un des ghettos les plus densément peuplés d’Europe, et aujourd’hui les vitrines rutilantes affichent des prix avec lesquels vous pourriez vous offrir un petit appartement. Pendant mes années pragoises, lorsque je faisais la navette entre le lycée de Malá Strana et l’Université Charles, j’ai appris à voir Josefov non pas comme un boulevard commerçant, mais comme une cicatrice sur le visage de la ville. Une cicatrice qui a été en grande partie excisée au tournant des XIXe et XXe siècles lors de ce que l’on appelle l’assainissement de Prague.
Nos professeurs d’histoire de l’époque ne nous ménageaient pas et nous emmenaient directement au pied des murs écaillés des vieilles synagogues. Pas de mémorisation aride de dates devant le tableau. Ici, à l’ombre des grands arbres qui bordent le cimetière, ces tragédies historiques prenaient des contours bien réels. Plus tard, lorsque j’ai suivi un cours de photojournalisme avec un lourd reflex autour du cou, j’y passais mes petits matins. J’essayais de capter cette lumière si particulière qui se brise sur les arêtes des pierres tombales inclinées, avant que les sentiers étroits ne soient envahis par les groupes organisés et leurs parapluies brandis.
Aujourd’hui, chaque année où nous revenons à Prague avec mon mari Lukáš, nos balades dans ce coin ont pris une nouvelle dimension. Récemment, nous avons manœuvré pour la première fois avec notre petit Jonáš, deux ans, dans sa poussette. On y découvre alors une foule de détails très prosaïques : par exemple, qu’il relève de l’exploit surhumain de faire entrer un tout-terrain suspendu dans les portes étroites de certains monuments, ou que le silence dans les synagogues est si profond que la moindre toux d’enfant résonne comme un coup de feu. Et pourtant, nous y revenons. Car ce poids de l’histoire est resté, malgré les façades Art nouveau et l’agitation touristique.
Alors allons-y pas à pas — les synagogues, le cimetière, Kafka et quelques détails que vous ne trouverez dans aucun guide, parce qu’on ne les découvre qu’une fois sur place avec une poussette. 😅
Résumé pour ceux qui n’ont pas le temps de tout lire
- Les billets sont répartis en deux grands circuits. Le Musée juif de Prague ne comprend pas la Vieille-Nouvelle Synagogue : il faut acheter un billet à part, ou opter pour le billet combiné « Ville juive de Prague ».
- Le vieux cimetière juif abrite douze couches de tombes superposées, car la communauté n’avait pas le droit d’enterrer ses morts ailleurs et les coutumes interdisent de déranger les anciennes sépultures.
- La synagogue Pinkas sert de mémorial aux victimes de la Shoah. Ses murs sont couverts de près de 80 000 noms de Juifs de Bohême et de Moravie, et à l’étage vous découvrirez une bouleversante exposition de dessins d’enfants de Terezín.
- La Vieille-Nouvelle Synagogue est la plus ancienne synagogue encore en activité d’Europe. Selon la légende, les restes du Golem d’argile créé par le rabbin Loew reposent dans ses combles.
- La synagogue espagnole vous épatera par son style mauresque. Son intérieur doré évoque davantage les palais d’Andalousie qu’un édifice religieux d’Europe centrale.
- Le samedi et pendant les fêtes juives, tous les bâtiments du musée ainsi que la Vieille-Nouvelle Synagogue sont strictement fermés. Planifiez votre visite un autre jour.
- Les hommes doivent se couvrir la tête pour entrer au cimetière et dans les synagogues (sauf l’espagnole). On vous remet une kippa en papier à l’entrée, mais vous pouvez tout à fait porter votre propre casquette ou bonnet.
- La rue Pařížská, symbole actuel du luxe, n’est née qu’après la démolition brutale du ghetto d’origine au tournant des XIXe et XXe siècles.
- La visite de tout le complexe vous prendra au moins trois à quatre heures, si vous ne voulez pas traverser les expositions au pas de course.
Quand partir à la découverte de l’histoire juive
Contrairement à d’autres quartiers de Prague où l’on peut improviser, Josefov demande un minimum de préparation. Toute la zone est un centre religieux vivant et la gestion des monuments est soumise à des règles strictes du calendrier juif. Si vous y débarquez à l’aveugle, vous risquez fort de vous retrouver devant des portes closes.
Printemps et automne : lumière idéale et files d’attente supportables
Avril, mai, septembre et octobre sont pour moi les meilleurs mois pour la visite. La lumière matinale d’automne qui filtre à travers le feuillage jaunissant du vieux cimetière juif crée exactement cette atmosphère mélancolique particulière que j’associe à ce lieu depuis mes errances photographiques. Les températures sont agréables pour rester debout longtemps devant les monuments, et les files aux caisses n’atteignent pas encore les extrêmes de l’été.
💡 Astuce : Si vous venez en automne, surveillez les dates des grandes fêtes juives (Yom Kippour, Roch Hachana), qui tombent généralement en septembre ou octobre. Ces jours-là, tout est rigoureusement fermé et les ruelles autour de la Vieille-Nouvelle Synagogue sont bouclées par la police pour des raisons de sécurité.
Été et hiver : les extrêmes auxquels vous devez vous attendre
En été, les ruelles étroites de Josefov se transforment en véritable fournaise. Les bâtiments historiques n’ont pas de climatisation au sens moderne du terme, et les foules de touristes à l’intérieur des synagogues vicient vite l’air. L’hiver, à l’inverse, offre une expérience brute, presque mystique. Les pierres tombales enneigées sont saisissantes, mais sachez que les sols de pierre des synagogues conservent un froid désagréable.
Ceci dit, l’hiver a aussi ses avantages pratiques. Avec Lukáš, nous y sommes allés un mois de février, et même si après deux heures nous étions tellement gelés qu’il a fallu courir s’acheter un thé, nous avions la plupart des monuments quasiment pour nous seuls. Ça, en pleine saison, ça ne vous arrivera jamais.
💡 Astuce : Si vous devez venir en juillet ou en août, soyez à la caisse pile à 9 h, à l’ouverture. Vous aurez environ une heure avant l’arrivée des grands groupes organisés débarquant des bateaux de croisière et des cars.
Le shabbat : le jour où le temps s’arrête
C’est l’erreur la plus fréquente des visiteurs. Chaque samedi (shabbat) et lors de toutes les fêtes juives, l’intégralité du Musée juif ainsi que la Vieille-Nouvelle Synagogue sont fermées. De plus, l’horaire du vendredi peut être raccourci en hiver à cause du coucher de soleil précoce. Le dimanche, c’est en revanche ouvert, mais ce jour-là subit logiquement le plus gros afflux de touristes ayant dû décaler leur visite.
💡 Astuce : Les matinées dominicales à Josefov sont étonnamment calmes si vous arrivez dès neuf heures. La plupart des touristes émergent encore de leur soirée du samedi.
Où se loger
Quand nous avons cherché pour la dernière fois avec Lukáš un point de chute pour notre séjour pragois, à la fois proche de tout et confortable pour une famille avec un bambin de deux ans, nous avons choisi The Julius Hotel, près de la tour Jindřišská. De là, il faut compter une quinzaine de minutes à pied jusqu’à Josefov, mais le trajet traverse agréablement le centre et vous évite les prix exorbitants des hôtels situés en plein cœur de la rue Pařížská.
Nous logions dans une One Bedroom Suite, qui nous offrait une chambre séparée, histoire de ne pas rester dans le noir une fois Jonáš endormi. Ce qui m’a vraiment enthousiasmée en tant que végétarienne, ce sont leurs petits-déjeuners : enfin un hôtel où l’option sans viande ne se résume pas à un bout de fromage racorni et une pomme, mais à de vrais produits locaux pensés avec soin. Si vous cherchez un hébergement de qualité, jetez un œil aux tarifs et disponibilités du Julius Hotel sur Booking.com.

Le Musée juif de Prague et le système de billets
Comprendre le fonctionnement des billets pour les monuments du quartier demande un peu de concentration. Je vois souvent des touristes perplexes plantés devant la Vieille-Nouvelle Synagogue avec un billet de musée à la main, ne comprenant pas pourquoi on ne les laisse pas entrer. Le problème, c’est que les monuments ne sont pas gérés par une seule entité.
Vous avez aujourd’hui trois grandes options. Le circuit du Musée juif de Prague (environ 22 € par adulte) comprend les synagogues Pinkas, Klaus, Maisel et espagnole, plus le vieux cimetière juif et la Salle des cérémonies. La deuxième option est le billet seul pour la Vieille-Nouvelle Synagogue (environ 11 €), gérée directement par la Communauté juive.
Pour une expérience complète, le meilleur choix reste le billet combiné Ville juive de Prague (environ 34 €), qui vous ouvre absolument toutes les portes. Les billets sont valables sept jours, mais vous ne pouvez entrer qu’une seule fois dans chaque bâtiment.
💡 Astuce : Achetez vos billets en ligne à l’avance, ou passez à la caisse du Centre d’information et de réservation, au 15 rue Maiselova. La caisse principale près du cimetière est désespérément engorgée en haute saison. Une alternative consiste à réserver une visite guidée via GetYourGuide, où billets et guide sont réglés dans le même forfait.
L’essentiel : les synagogues et le cimetière
Chacune des synagogues de Josefov raconte une partie différente de l’histoire. L’idée n’est pas de toutes les enchaîner en une heure pour cocher une liste. Je vous conseille de choisir celles qui vous intéressent le plus sur le plan thématique et de leur consacrer du temps.
La Vieille-Nouvelle Synagogue : la légende du Golem et le cœur battant de la communauté

C’est exactement le bâtiment où l’on ressent le poids des siècles dès que l’on touche les massives portes d’entrée. Fondée dans le dernier tiers du XIIIe siècle, elle est la plus ancienne synagogue encore en activité d’Europe. Son intérieur gothique primitif est austère, sombre, et ses voûtes reposent sur deux puissants piliers. Au centre se dresse la bima, une chaire surélevée entourée d’une grille en fer forgé, et c’est précisément là, dans cette pénombre, que prêchait le célèbre rabbin Loew, créateur du légendaire Golem. La légende locale veut que les restes de ce géant d’argile reposent encore dans les combles de la synagogue, dont l’accès est strictement interdit.
On y entre soit avec le billet seul, soit avec le billet combiné Ville juive de Prague. L’arrêt de métro et de tramway Staroměstská se trouve à environ cinq minutes à pied. Ouvert tous les jours sauf le samedi et les fêtes juives.
💡 Astuce : Remarquez la bannière de la communauté juive de Prague suspendue à l’un des piliers. Le droit d’arborer son propre étendard a été accordé à la communauté dès Charles IV, ce qui était tout à fait exceptionnel pour l’Europe de l’époque.
La synagogue Pinkas : là où les mots manquent

Bâtiment discret de l’extérieur, mais à l’intérieur l’un des mémoriaux les plus poignants que j’aie jamais visités. La synagogue Pinkas sert aujourd’hui de mémorial aux victimes de la Shoah des pays tchèques. Tous les murs intérieurs, du sol jusqu’aux voûtes, sont couverts à la main des noms de près de 80 000 Juifs de Bohême et de Moravie morts pendant la Seconde Guerre mondiale. Quand j’y suis venue au lycée, nous prenions cela pour des chiffres abstraits. Aujourd’hui, lorsque je longe ces murs en adulte, cette liste infinie de noms accompagnés des dates de naissance et de mort me serre physiquement l’estomac.
Au premier étage, vous trouverez l’exposition permanente de dessins d’enfants du camp de concentration de Terezín. Les enfants les réalisaient sous la direction de l’artiste Friedl Dicker-Brandeis. En tant que maman du petit Jonáš, je regarde ces dessins de papillons et de maisons, peints sur des bouts de papier d’emballage par des enfants dont la plupart n’ont pas survécu, avec une émotion d’autant plus forte.
L’entrée fait partie du circuit du Musée juif. C’est d’ailleurs d’ici que l’on accède au vieux cimetière juif.
💡 Astuce : Prenez le temps d’écouter l’audioguide. Dans la synagogue résonne en permanence une voix douce qui lit les noms des victimes. C’est un détail qui confère à tout l’espace une dimension infiniment intime et glaçante.
Le vieux cimetière juif : douze couches d’histoire sous les arbres

L’un des cimetières historiques les plus célèbres au monde donne au premier regard l’impression d’un chaos de pierre et de lierre. Les pierres tombales penchent dans tous les sens, souvent appuyées les unes contre les autres. La raison de cette anarchie visuelle, c’est que les coutumes juives interdisent strictement de déranger les anciennes sépultures. Comme la communauté ne pouvait pas étendre le cimetière au-delà des murs du ghetto, elle a dû apporter de la nouvelle terre et enterrer les morts les uns au-dessus des autres. À certains endroits, on compte ainsi jusqu’à douze couches de tombes. On estime que sous les douze mille pierres tombales visibles reposent jusqu’à cent mille personnes.
Le lieu le plus visité est la tombe du rabbin Loew déjà mentionné, où les gens glissent encore aujourd’hui de petits papiers couverts de vœux sous des cailloux. Le cimetière est accessible dans le cadre du circuit du musée.
💡 Astuce : Si vous venez en famille, laissez la poussette à l’hôtel ou à l’entrée (le personnel vous conseillera). Le parcours emprunte d’étroits sentiers de pierre irréguliers, souvent en escalier, et avec une poussette vous resterez littéralement coincés.
La synagogue espagnole : un trésor doré de style mauresque
Alors que la Vieille-Nouvelle Synagogue est gothique, austère et sombre, la synagogue espagnole en est l’exact opposé. Construite en 1868 dans le style mauresque alors en vogue, son intérieur vous coupera littéralement le souffle. Les murs, les voûtes et les vitraux sont couverts d’ornements islamiques complexes, l’or, les stucs et les couleurs intenses brillent partout. On se croirait plutôt dans l’Alhambra qu’au cœur de l’Europe centrale, et ce contraste, j’adore. ☺️ Le nom « espagnole » fait référence justement à ce style et aux Juifs séfarades chassés d’Espagne.
À l’intérieur, vous trouverez une exposition consacrée à l’histoire moderne des Juifs des pays tchèques, des réformes joséphines à nos jours. L’acoustique y est absolument phénoménale, c’est pourquoi on y donne souvent des concerts de musique classique en soirée.
💡 Astuce : À l’étage de l’exposition, observez la partie consacrée aux entrepreneurs et industriels juifs de la Première République. Cela illustre parfaitement à quel point la communauté a contribué au développement du pays avant la Seconde Guerre mondiale.
La synagogue Klaus et la synagogue Maisel

À la sortie du cimetière, vous tomberez aussitôt sur la synagogue Klaus (la plus grande de l’ancien ghetto), où se trouve aujourd’hui une exposition fascinante et très accessible sur les traditions et les coutumes juives. Si vous ne savez pas exactement ce qu’est une bar-mitsva, comment se déroule un mariage juif ou ce qu’implique l’alimentation casher, vous aurez ici toutes les réponses.
La synagogue Maisel, nichée dans la rue Maiselova, sert quant à elle d’introduction à toute l’histoire du peuplement juif des pays tchèques, du Xe au XVIIIe siècle. Elle a été édifiée par Mordechaï Maisel, doyen de la ville juive et l’un des hommes les plus riches de la Prague de l’époque, qui a notamment financé la construction du ghetto juif. Les deux synagogues sont comprises dans le billet principal du musée.
💡 Astuce : Dans la synagogue Maisel, ne manquez pas la maquette numérique de la ville juive d’origine, avant l’assainissement. C’est seulement là que vous comprendrez à quel point l’endroit était autrefois incroyablement étroit et labyrinthique.
Franz Kafka et le génie du lieu de Josefov
Bien que Franz Kafka écrivît en allemand, son identité est indissociablement liée à Prague, et tout particulièrement à Josefov et à la Vieille Ville. C’est dans ces ruelles qu’il a grandi, qu’il allait à l’école, et qu’il a puisé l’inspiration de ses romans absurdes et oppressants.
La maison natale de Franz Kafka

Au coin des rues Kaprova et Maiselova, sur l’actuelle place Franz Kafka, se dressait autrefois la maison « À la Tour », où l’écrivain est né en 1883. La maison d’origine a été victime de l’assainissement ; seul son portail baroque en pierre a été conservé et intégré à un bâtiment du début du XXe siècle. Ce n’est pas un lieu de visite d’une heure, mais plutôt un endroit où s’arrêter un instant, regarder ce portail et essayer d’imaginer qu’en est sorti un garçon pour qui le monde allait bientôt cesser d’avoir un sens. 😉
Et si vous prenez un instant pour lever la tête, vous remarquerez sur la façade de petits détails qui évoquent joliment cette époque. Pour ma part, je me souviens toujours ici à quel point l’endroit devait sembler oppressant autrefois, et je ne m’étonne guère que cela se soit imprimé si fortement dans les textes de Kafka.
💡 Astuce : Ne cherchez pas de musée ici. Le principal et meilleur musée Kafka se trouve sur l’autre rive de la Vltava, à Malá Strana, juste à côté du pont Charles, dans la briqueterie Herget.
Le monument à Franz Kafka de Jaroslav Róna

En traversant la rue Vězeňská en direction de la synagogue espagnole, vous tomberez sur une statue qui incarne à merveille l’absurde kafkaïen. Ce monument en bronze du sculpteur Jaroslav Róna, datant de 2003, représente un costume vide aux dimensions gigantesques, sur les épaules duquel est assise une figure plus petite de Kafka lui-même. La sculpture renvoie à sa nouvelle de jeunesse « Description d’un combat ». C’est l’une des rares œuvres d’art modernes du centre qui s’intègre vraiment naturellement et ne fait pas figure de simple attraction touristique.
Pour le contexte : on évoque souvent aussi la tête mobile de Franz Kafka de David Černý. Elle se trouve près du centre commercial Quadrio, sur l’avenue Národní (arrêt de métro Národní třída), à environ vingt minutes à pied de Josefov. Le spectacle vaut le détour, mais elle n’a géographiquement rien à voir avec le Josefov historique.
💡 Astuce : Essayez de photographier la statue en contre-plongée vers la façade de la synagogue espagnole. Vous obtiendrez un contraste de composition intéressant entre le bronze moderne et l’architecture mauresque.
La rue Pařížská : le luxe sur les ruines du ghetto

La rue Pařížská est aujourd’hui l’adresse la plus prestigieuse de Prague. Elle est bordée de boutiques de marques comme Dior, Chanel ou Prada. Son histoire est pourtant bien plus sombre. Elle a été percée en plein milieu de l’ancien ghetto juif lors de l’assainissement, lorsque les édiles décidèrent de raser le taudis insalubre pour le remplacer par de larges boulevards à la parisienne. Des centaines de maisons historiques, de cours et de synagogues ont disparu.
C’est indéniablement magnifique, mais un peu stérile comme décor : ces façades sont si parfaites qu’elles en deviennent presque douloureuses. Lukáš dit qu’il a toujours l’impression d’être sur un plateau de cinéma. 😅 Pour les Pragois, c’est plutôt une zone de passage vers Letná qu’un endroit où l’on s’attarde.
Où manger
Arpenter tout Josefov demande pas mal d’énergie, et si vous êtes comme nous avec Lukáš, vous ne tiendrez pas longtemps sans un bon repas et un café. Heureusement, les environs regorgent d’endroits formidables. Voici mes deux coups de cœur absolus où nous allons recharger les batteries, et tous deux ont l’avantage de satisfaire aussi bien les végétariens que les amateurs de bonne cuisine traditionnelle.
Le restaurant Maitrea : une oasis de calme
Si vous cherchez une excellente cuisine sans surcoût snob et que vous êtes végétariens comme moi, dirigez-vous après la visite vers la ruelle Týnská, où se trouve le restaurant Maitrea. C’est une magnifique oasis de calme avec un fantastique menu sans viande, à seulement trois minutes à pied de la Vieille-Nouvelle Synagogue. Après le tumulte de la rue Pařížská, c’est un baume pour l’âme.
Ils proposent d’excellents menus du midi, et leur intérieur dans l’esprit feng shui vous apaisera à coup sûr, même avec un bambin remuant dans les jambes. Chaque fois que nous y allons, je commande leurs nouilles udon, dont je me réjouis dès le matin.
Le Café Louvre : coulisses littéraires et crêpes divines
Si vous voulez ressentir l’atmosphère des lieux où Kafka débattait avec ses contemporains, vous devez avancer un peu jusqu’à l’avenue Národní, dans le légendaire Café Louvre. Ouvert en 1902, Kafka y venait durant ses années universitaires avec ses amis du cercle de philosophie. L’intérieur du premier étage conserve aujourd’hui encore son élégance d’avant-guerre, avec ses billards et ses serveurs en costume.
Du point de vue d’une végétarienne, c’est le salut. Ils ont une délicieuse soupe à l’ail crémeuse, d’excellentes variations au fromage, et leurs crêpes sont réputées. C’est certes une petite balade depuis Josefov, mais pour une expérience littéraire complète, ça vaut vraiment le coup. Si vous y allez le week-end, attendez-vous à ce que ce soit bondé ; en revanche, en venant en semaine vers dix heures du matin, vous trouverez une place tranquille près de la fenêtre avec vue sur l’avenue Národní animée.
Infos pratiques
Comment s’y rendre : Le meilleur point de départ est le métro ligne A ou le tramway (lignes 2, 17, 18) à l’arrêt Staroměstská ; de là, la synagogue Pinkas est à quelques pas, et vous parcourrez ensuite tout Josefov à pied, car le quartier est étonnamment compact.
Règles et code vestimentaire : Dans toutes les synagogues (sauf l’espagnole) et au vieux cimetière juif, les hommes ont l’obligation d’entrer la tête couverte. Pas de panique : si vous oubliez votre chapeau ou votre bonnet, on vous remettra une kippa en papier à l’entrée. La tenue doit être respectueuse : oubliez débardeurs et shorts ultra-courts, vous êtes sur un lieu religieux et de recueillement.
Combien de temps prévoir : Si vous avez le billet combiné et souhaitez parcourir consciencieusement toutes les synagogues et le cimetière, réservez au moins trois à quatre heures. N’enchaînez pas le Château de Prague le même après-midi, vous seriez complètement épuisés par la quantité d’informations et d’émotions.
Pour aller plus loin
- Que voir à Prague : plus de 100 idées de monuments, cafés et restaurants
- Cafés de Prague : nos adresses pour un café de spécialité
Questions fréquentes
Combien coûte l’entrée au Musée juif de Prague ?
En 2026, vous paierez environ 22 EUR pour le circuit de base du musée. Un billet combiné, qui inclut également la Synagogue Vieille-Nouvelle, coûte environ 34 EUR. Il existe des réductions pour les étudiants, les enfants et les familles.
Quand le quartier juif est-il fermé ?
Tous les monuments relevant du Musée juif de Prague et la Synagogue Vieille-Nouvelle sont fermés chaque samedi (shabbat) et pendant toutes les fêtes juives de l’année.
Puis-je prendre des photos au Vieux cimetière juif ?
Oui, la photographie dans les espaces extérieurs du cimetière est autorisée à des fins personnelles. À l’intérieur des synagogues, la photographie est généralement interdite ou fortement limitée (sans flash), donc suivez toujours les pictogrammes à l’entrée.
Est-il possible de visiter la Synagogue Vieille-Nouvelle gratuitement ?
Non, l’entrée est toujours payante. Soit avec un billet séparé, soit avec un billet combiné plus cher pour l’ensemble du quartier juif de Prague.
Combien de temps dure la visite du quartier juif ?
Un passage rapide par les points principaux (Synagogue Pinkas, cimetière, Synagogue Vieille-Nouvelle) prend environ deux heures. Pour une visite plus détaillée incluant la Synagogue espagnole et les expositions du musée, prévoyez 3 à 4 heures.
Où puis-je trouver la tête de Franz Kafka ?
Cette célèbre tête mobile et miroir de David Černý ne se trouve pas à Josefov. Vous la trouverez sur Národní třída près du centre commercial Quadrio. À Josefov, près de la Synagogue espagnole, se dresse la statue de Kafka réalisée par Jaroslav Róna.
