Si tu songes à partir dans le sud de l’Europe et que tu te réjouis déjà de la fameuse gastronomie locale, laisse-moi te prévenir dès le départ. En tant que végétariens de longue date, la cuisine espagnole nous a parfois donné du fil à retordre et, au début, on se perdait complètement dans les menus. Avec Lukáš, on part depuis des années dans cette Espagne baignée de soleil, c’est devenu notre halte absolument incontournable lors de notre trajet annuel en voiture jusqu’au Portugal, et on y passe généralement une à deux semaines avec beaucoup d’enthousiasme. Avec le temps, on a découvert de première main que la cuisine espagnole traditionnelle repose historiquement beaucoup sur le porc et les fruits de mer. Pour les gens qui ne mangent pas de viande, le choix dans les restaurants de campagne les plus classiques n’est pas vraiment large.
Au début, c’était assez compliqué pour nous et il nous arrivait, après une longue journée au volant, de finir devant une simple baguette sèche au fromage achetée au supermarché. Peu à peu, on a pourtant appris à se repérer à merveille dans les menus locaux et on a découvert d’incroyables trésors. Aujourd’hui, j’ose dire sans fausse modestie qu’on est devenus de petits experts pour savoir quoi commander dans la péninsule ibérique afin de se régaler vraiment sans souffrir de la faim. La gastronomie espagnole est en réalité incroyablement riche, pleine de légumes ultra-frais, d’huile d’olive de qualité et de fromages locaux excellents, il faut simplement savoir précisément où aller et quoi chercher sur la carte.
Dans cet article détaillé, tu trouveras exactement 18 conseils sur des plats espagnols typiques que tu dois absolument goûter. On va ensemble découvrir les mets les plus emblématiques que tu ne devrais surtout pas manquer lors de ta visite dans ce pays magnifique, de la paella mondialement connue jusqu’aux churros sucrés. Je te conseillerai aussi comment fonctionnent les habitudes alimentaires locales, pourquoi les restaurants ouvrent à des horaires pour nous totalement incompréhensibles, et à quoi faire le plus attention pour ne pas tomber dans les pièges à touristes classiques et hors de prix.

Résumé pour ceux qui n’ont pas le temps de tout lire
- Le rythme espagnol : Oublie le déjeuner à midi pile et le dîner à dix-huit heures, car en Espagne on déjeune exclusivement entre quatorze et seize heures et on ne part dîner jamais avant vingt-et-une heures.
- La culture des tapas : Dans la chaude Andalousie (et surtout dans la magnifique Grenade), on t’apporte avec ta boisson une petite assiette de nourriture entièrement gratuite, tandis que dans le nord plus frais, au Pays basque, on paie ces bouchées superbement décorées appelées pintxos.
- De l’eau gratuite : Depuis 2022, une loi très utile est en vigueur en Espagne : dans chaque restaurant, on doit t’apporter sur demande de l’eau du robinet (agua del grifo) totalement gratuitement.
- La survie végétarienne : Tu seras sauvé à coup sûr par la tortilla de pommes de terre, les petits piments verts frits de Padrón, les rafraîchissantes soupes froides gazpacho et salmorejo, ou les excellents fromages affinés des fermes locales.
- La vérité sur la paella : La véritable paella valencienne, historiquement exacte, ne contient jamais de fruits de mer, car il s’agissait à l’origine d’un plat de paysans pauvres des rizières, dans lequel on mettait uniquement du poulet et du lapin.
- Le meilleur rapport qualité-prix : Pendant une semaine de travail ordinaire, cherche toujours le fameux menú del día, ce menu du midi qui comprend en général une entrée, un plat, un dessert et une boisson pour un prix très avantageux.
- La capitale de la gastronomie : Si tu aimes la bonne cuisine et le bon vin, file vers la ville andalouse de Jerez de la Frontera, qui a obtenu le prestigieux titre de Capitale gastronomique espagnole pour 2026.
Comment (et où) manger comme un local
Quand tu arrives en Espagne pour la toute première fois, tu vivras probablement un léger choc culturel en découvrant comment fonctionnent les restaurants et le rythme général de la journée. En Espagne, on ne mange pas juste pour calmer rapidement sa faim : le repas fonctionne comme l’événement social le plus important de tous, qui rythme toute la journée et définit l’humeur des habitants. Essaie de plaquer nos habitudes alimentaires d’Europe centrale sur la réalité espagnole et je te garantis que tu seras frustré. Le rythme local, il faut tout simplement l’accepter dans son intégralité.
Si tu réclames obstinément un plat chaud à dix-huit heures, tu finiras à coup sûr dans les pièges à touristes hors de prix, ouverts à cette heure exclusivement pour les étrangers et dont la qualité des plats est souvent misérable. La matinée commence tout doucement par le fameux desayuno, qui a lieu à peu près entre neuf et dix heures et demie. Les Espagnols avalent en général rapidement un café au lait bien serré et croquent dans une baguette grillée croustillante avec des tomates écrasées et de l’huile d’olive. La vraie vie gastronomique ne démarre que quelques heures plus tard.
Le repas le plus important de la journée est sans conteste le déjeuner, qu’on appelle la comida. En Espagne, la journée de travail s’arrête littéralement au coup de quatorze heures et les restaurants se remplissent en un éclair de locaux qui s’offrent un repas long et incroyablement copieux. Si tu veux manger malin et économiser pas mal d’argent, cherche devant les établissements les ardoises écrites à la craie avec l’inscription menú del día. Ce menu du midi très apprécié te propose pour une somme fixe une entrée, un plat, un dessert et souvent même une bouteille de vin pour toute la table.
Après ce repas copieux vient un moment absolument sacré appelé la sobremesa : on ne se presse nulle part, on boit un café et on débat passionnément à table encore une bonne heure. Comme le déjeuner est si tardif et si lourd, le dîner (qu’on appelle la cena) se décale logiquement en pleine nuit. Alors qu’à Madrid les restaurants commencent à se remplir vers vingt-et-une heures, dans la chaude Andalousie il n’est pas rare du tout de voir des familles avec de jeunes enfants s’attabler pour dîner à vingt-deux heures quinze.
Un chapitre à part, absolument fascinant, est la culture des tapas, qui a des règles totalement différentes dans chaque région. La légende raconte que le mot tapa (qui signifie littéralement « couvercle ») est né en Andalousie, où les barmans couvraient les verres de vin d’une tranche de fromage pour empêcher les mouches omniprésentes d’y tomber. Si tu descends dans le sud, dans des villes comme Grenade, tu vivras cette bonne vieille tradition où tu commandes une bière ou un vin et où on t’apporte automatiquement une petite assiette de nourriture entièrement gratuite. À chaque nouvelle boisson, la qualité et la taille de cet en-cas augmentent généralement.
À l’inverse, dans la capitale Madrid, la nourriture est désormais payante et les gens commandent plutôt de plus grandes portions à partager, appelées raciones. Le Pays basque au nord représente un monde totalement différent : là-bas, de petites bouchées visuellement parfaites posées sur du pain et transpercées d’un cure-dent s’appellent des pintxos. Ces bouchées relèvent littéralement de l’art culinaire, pour lequel on paie volontiers un supplément dans des villes étoilées au Michelin comme Saint-Sébastien, et à la fin de la soirée le serveur compte simplement les cure-dents vides sur ton assiette.
18 plats que tu dois absolument goûter
L’Espagne est un pays immense et incroyablement varié, où chaque région possède ses propres trésors culinaires, directement issus du climat local et d’une longue histoire. J’ai préparé pour toi une liste détaillée des dix-huit plats les plus typiques sur lesquels tu tomberas à coup sûr lors de tes voyages et qui définissent à la perfection la culture espagnole.
1. La paella valenciana et sa petite sœur végétarienne

Quand on dit « plat espagnol », presque tout le monde imagine aussitôt une immense poêle métallique remplie de riz jaune éclatant. Mais autour de la paella circulent une incroyable quantité de mythes et les habitants de Valence sont extrêmement sensibles à sa forme traditionnelle. L’authentique paella valenciana est en effet née à l’origine comme un plat très simple de paysans pauvres qui travaillaient dur dans les rizières autour de la vaste lagune de l’Albufera.
Ce plat emblématique se cuisine correctement sur un feu ouvert de bois d’oranger parfumé et contient uniquement du riz local de variété Bomba, du poulet, du lapin, des haricots verts plats, de gros haricots blancs garrofón et un précieux safran. Aucun fruit de mer n’entre dans la vraie paella historique, et les locaux s’offusquent parfois assez bruyamment devant les versions touristiques aux crevettes. Le véritable chef-d’œuvre lors de la cuisson consiste à obtenir le fameux socarrat, cette fine couche de riz brun foncé légèrement grillée tout au fond de la poêle.
Avec Lukáš, en tant que végétariens, on prend évidemment la paella de verduras, c’est-à-dire la version purement végétale, pleine d’artichauts tendres, de petits pois frais et de poivrons doux. Cette version est heureusement disponible dans presque tout bon restaurant et son goût, grâce au vrai bouillon de légumes et à une généreuse dose de safran, est tout simplement divin. Quand on nous l’apporte dans cette immense poêle au milieu de la table, on se jette toujours dessus avec un énorme enthousiasme.
2. La tortilla española (omelette de pommes de terre)

Ce plat est notre sauveur absolu et inébranlable lors de chaque long road-trip à travers la péninsule ibérique. Cela paraît incroyablement simple, mais l’omelette espagnole classique, composée uniquement de pommes de terre, d’œufs, d’huile d’olive de qualité et de sel, est un véritable miracle culinaire. Tu la trouveras absolument partout, des restaurants de luxe jusqu’aux stations-service les plus ordinaires au bord de l’autoroute, où tu peux l’acheter froide et pratiquement glissée dans une baguette claire.
Il est intéressant de noter que ce plat en apparence banal divise tout le pays en deux camps parfaitement irréconciliables, qui se disputent sans cesse pour savoir si l’oignon a sa place dans la vraie tortilla. Les gens se revendiquent, très sérieusement et fièrement, soit concebollistas (partisans de l’oignon), soit sincebollistas (puristes qui refusent strictement le moindre oignon). Ces débats sont capables d’animer plus d’une réunion de famille et chaque Espagnol a un avis tranché sur la question.
Avec Lukáš, on appartient résolument et fièrement à l’équipe de l’oignon, car l’oignon lentement caramélisé donne à l’omelette un merveilleux goût légèrement sucré. Une tortilla parfaitement préparée doit être bien ferme et dorée en surface, mais encore incroyablement moelleuse et légèrement coulante à l’intérieur, ce que les Espagnols appellent tendrement jugosa. Quand tu y plonges la fourchette pour la première fois et que l’intérieur s’écoule légèrement, tu sais que tu es dans un bon établissement.
3. Les patatas bravas

S’il existe un seul tapas qu’avec Lukáš on commande à peu près à chaque fois qu’on va s’asseoir le soir autour d’un verre de vin, ce sont bien les patatas bravas. Il s’agit en gros de gros cubes irréguliers de pommes de terre, qu’on fait d’abord cuire doucement puis frire vivement dans l’huile d’olive. Grâce à ce procédé, elles acquièrent cette croûte croustillante irrésistible et parfaite, tout en restant merveilleusement moelleuses et fondantes à l’intérieur.
Le secret de ce plat populaire ne réside pourtant pas dans les pommes de terre elles-mêmes, mais dans les sauces riches dont on les nappe généreusement sur l’assiette. La salsa brava traditionnelle est une sauce rouge épicée à base de tomates écrasées, de piment fumé pimentón bien corsé et parfois d’une pointe de piment, qui donne aux pommes de terre un petit côté flamboyant absolument génial. Tu devrais éviter les établissements où on te verse sur les pommes de terre un simple ketchup mélangé à de la mayonnaise, c’est un péché énorme.
La plupart du temps, on y ajoute encore une bonne cuillère d’aïoli maison bien épais, cette mayonnaise à l’ail. Combiner ce goût de tomate piquant avec l’ail crémeux et doux, c’est tout simplement la perfection même. Je dois reconnaître qu’avec une bière pression bien fraîche ou un vin local, il n’existe sans doute pas de meilleur accompagnement, plus universel. 😅
4. Les pimientos de Padrón

Ces petits piments d’un vert éclatant, originaires de la petite bourgade galicienne de Padrón, sont une affaire absolument géniale et constituent, pour nous végétariens, le socle absolu de chaque soirée. Leur préparation est presque ridiculement simple : on fait juste revenir vivement les piments dans une huile d’olive de grande qualité jusqu’à ce que leur fine peau commence à cloquer et à noircir légèrement, puis on les saupoudre encore chauds d’une généreuse dose de gros sel de mer.
Manger ces piments, c’est en fait une petite roulette russe culinaire aussi amusante que délicieuse. Les Espagnols ont même leur vieux proverbe qui dit que « certains piquent et d’autres non ». Environ quatre-vingt-dix pour cent de la récolte est parfaitement douce et fine, mais tu tomberas parfois, de manière inattendue, sur un morceau qui te propulse littéralement hors de ta chaise par son intensité piquante.
On les mange tout simplement avec les doigts, en les tenant par la queue comme du pop-corn, et on s’amuse toujours énormément à table à deviner qui de nous tombera le premier sur l’unique piment enflammé de tout le bol. C’est un plat incroyablement addictif et on s’arrête rarement à une seule portion.
5. Le pan con tomate (pa amb tomàquet)

Ce plat en apparence rudimentaire a ses racines profondes dans la fière Catalogne et est devenu, avec le temps, le symbole absolu des petits-déjeuners espagnols traditionnels. Il s’agit d’une belle tranche croustillante de pain de campagne grillé vivement, sur laquelle on frotte avec force une gousse d’ail cru coupée en deux, avant d’y presser la chair de tomates parfaitement mûres, le tout arrosé d’huile d’olive extra vierge et saupoudré de gros sel.
Quand on était en Espagne pour la toute première fois et qu’on a vu au petit-déjeuner de l’hôtel d’immenses saladiers remplis d’une étrange bouillie de tomate, on n’a pas trop compris à quoi cela servait vraiment. Aujourd’hui, on sait très bien que sans un vrai pan con tomate, pour la plupart des habitants, la nouvelle journée ne commencerait sans doute même pas.
C’est une gourmandise énorme et rafraîchissante, qui repose pourtant strictement sur la qualité absolue des ingrédients de départ. Avec des tomates aqueuses et sans goût du supermarché et de l’huile bon marché, tu ne créeras tout simplement pas ce miracle matinal : il te faut des tomates qui sentent le soleil.
6. Le gazpacho

Les longs étés dans le sud de l’Espagne peuvent être absolument impitoyables et, quand les températures en Andalousie brûlante dépassent les quarante degrés, tu n’as même pas envie de penser à un plat chaud. C’est justement pour ces journées extrêmes qu’a été créé le gazpacho, cette légendaire soupe froide qui fonctionne comme la meilleure et la plus rafraîchissante des salades liquides au monde.
Il se prépare à partir de tomates parfaitement mûres, de concombres frais, de poivron vert, d’oignon, d’ail, de vinaigre de vin de qualité et d’une bonne dose d’huile d’olive douce. On mixe le tout soigneusement jusqu’à obtenir une crème parfaitement lisse et on le sert glacé. Curieusement, dans de nombreux bars traditionnels, le gazpacho n’est pas servi dans une assiette creuse avec une cuillère, mais directement dans un grand verre dans lequel tu le bois comme une boisson rafraîchissante.
Pour nous, lors des longs trajets estivaux en voiture, c’est un sauvetage absolu. Il nous arrive même d’acheter de l’excellent gazpacho frais en bouteilles plastique dans les supermarchés locaux Mercadona et de le siroter directement en roulant dans la voiture climatisée.
7. Le salmorejo

Alors que le gazpacho classique est connu de presque tous les touristes, son cousin bien plus épais et nourrissant venu de Cordoue en Andalousie, appelé salmorejo, échappe souvent à l’attention, ce qui est vraiment dommage. Le salmorejo se distingue fondamentalement du gazpacho par le fait qu’il ne contient absolument aucun concombre ni poivron, mais se compose uniquement de tomates mûres, d’une énorme quantité de mie de pain rassis, d’ail et d’huile d’olive.
Grâce à l’ajout de pain consistant et d’huile, le mixage crée une émulsion merveilleusement crémeuse, presque semblable à une mayonnaise, incroyablement nourrissante et d’une grande douceur sur la langue. Contrairement au gazpacho, cette soupe te cale à coup sûr pour la moitié de la journée.
Traditionnellement, cette épaisse soupe froide est servie avec une généreuse garniture d’œuf dur et de morceaux de jambon séché, si bien qu’au restaurant on doit toujours faire très attention et prier le serveur de nous apporter le salmorejo seul, sans ces décorations carnées. Malgré tout, c’est pour nous un délice énorme et adoré.
8. Le fromage Manchego et les autres joyaux fromagers

Lukáš est un immense amateur de fromages depuis toujours, alors explorer la production fromagère locale est l’un de nos passe-temps préférés. Le représentant absolument le plus célèbre est évidemment le fromage à pâte dure Manchego, qui vient de la région aride et brûlée par le soleil de La Mancha. Il est fabriqué exclusivement à partir du lait entier d’une race de brebis locale spécifique et sa qualité est strictement protégée.
Il a une texture très ferme et, selon la durée d’affinage, son goût change radicalement, allant d’une saveur légèrement noisette à une saveur extrêmement intense et piquante, parfois un peu trop forte pour moi personnellement, mais que Lukáš ne peut s’empêcher de vanter. Si tu te rends aussi dans d’autres régions, tu découvriras d’autres incroyables miracles fromagers.
Dans les Asturies rudes et verdoyantes du nord, le célèbre fromage bleu Cabrales affine dans de profondes grottes calcaires et ravira les amateurs des saveurs persillées les plus prononcées. En Catalogne, on adore le fromage de chèvre à pâte mi-dure Garrotxa, avec sa typique croûte grise cendrée et son goût crémeux incroyablement doux, qu’on achète souvent sur les marchés du matin pour l’accompagner du vin du soir.
9. Les croquetas (croquettes)

Les croquettes espagnoles n’ont vraiment rien, mais alors rien à voir avec ce que tu pourrais imaginer comme simple garniture. Il s’agit de petits rouleaux ovales dont la base n’est pas la pomme de terre mais une sauce béchamel incroyablement épaisse et riche, qu’on assaisonne de différents ingrédients locaux, qu’on laisse figer parfaitement au réfrigérateur, puis qu’on panne à la chapelure et qu’on fait frire vivement jusqu’à ce qu’elles soient dorées.
Quand tu mords dans une vraie bonne croquette espagnole, la croûte croustillante craque bruyamment et un cœur chaud, velouté, crémeux et parfumé se répand aussitôt dans ta bouche. C’est un chef-d’œuvre de textures qui exige du cuisinier une grande dextérité.
Traditionnellement, on y ajoute le plus souvent de petits restes de jambon séché ou des morceaux de poulet rôti, mais nous, en tant que végétariens, on part toujours volontairement à la chasse aux versions sans viande. On cherche les variantes fourrées aux champignons des bois, aux épinards frais et aux pignons de pin, ou au fromage bleu corsé. C’est parfois un travail de détective un peu fatigant de trouver un bar à tapas qui propose aussi une variante végétarienne, mais quand on y arrive, ça en vaut vraiment la peine. 😁
10. Le jamón ibérico

Pour tous les habitants de la péninsule ibérique, ce célèbre jambon séché est une véritable idole, qu’on surnomme avec respect le caviar de la charcuterie. Les locaux se délectent des tranches les plus fines et translucides accompagnées d’un bon vin rouge et, dans chaque grande ville, il existe des boutiques spécialisées où pendent du plafond des centaines de cuisses de porc salées d’où s’écoule la graisse.
Le plus prisé et de loin le plus cher est le fameux Jamón ibérico de bellota, issu exclusivement de la race spécifique des porcs ibériques noirs. Ces cochons vivent en liberté la majeure partie de leur vie dans de vastes chênaies (dehesas) au sud-ouest du pays et, durant l’automne, se nourrissent principalement des glands tombés (bellotas).
Ce sont justement ces glands qui donnent à la viande son goût de noisette si particulier et cette graisse saine riche en acide oléique, grâce à laquelle les tranches fondent littéralement sur la langue. Le métier de trancheur de jambon, appelé cortador, est en Espagne un artisanat hautement respecté et bien rémunéré, car les tranches doivent être coupées sous le bon angle et servies à température ambiante.
11. Le pulpo a la gallega

La spécialité galicienne numéro un est sans conteste le poulpe, d’où émane de loin le parfum de la côte atlantique sauvage et indomptée. Ce plat emblématique, que tu trouves sur la carte de presque chaque restaurant traditionnel du nord-ouest du pays, brille par sa simplicité visuelle absolue et par l’énorme importance accordée à la fraîcheur totale du produit.
Traditionnellement, on fait longuement cuire les épais tentacules dans de grandes marmites en cuivre jusqu’à atteindre une tendreté parfaite, tout en devant impérativement conserver leur légère élasticité. Les cuisiniers locaux ont leurs petits secrets pour le temps de cuisson exact, qui se transmettent de génération en génération.
Ensuite, le poulpe cuit est coupé en fines rondelles, servi sur une typique planche de bois ronde et assaisonné de seulement trois ingrédients de base. On l’arrose d’une bonne dose d’huile d’olive extra vierge, on le saupoudre de gros sel de mer et de paprika fumé, qui peut être doux ou piquant. C’est l’essence pure de la culture maritime galicienne, que les locaux adorent.
12. Le pescaíto frito

Quand tu te promènes en plein été le long de n’importe quelle côte andalouse, tu sentiras très probablement aussitôt dans l’air le lourd parfum du poisson frit. Le pescaíto frito est le nom générique d’un mélange varié de petits poissons et de menus fruits de mer, qui constitue le pilier absolument fondamental de la gastronomie de rue et de bar du sud de l’Espagne.
Le secret de cette préparation en apparence ordinaire réside dans une croûte extrêmement légère et croustillante. Les petits poissons sont juste très légèrement farinés à la farine de pois chiche ou de blé, puis frits en un éclair dans une grande quantité d’huile d’olive brûlante, afin de ne pas être inutilement imbibés d’une graisse lourde.
Le plus souvent, ils sont servis emballés dans de simples cornets de papier avec juste un morceau de citron pour un léger arrosage. C’est un en-cas de l’après-midi extrêmement apprécié des locaux, qui le font descendre avec une bière glacée directement sur la plage ensoleillée ou aux grandes tables hautes des tavernes portuaires bruyantes.
13. Les calamares a la romana

Les anneaux de calmar frits sont un tapas emblématique sur lequel tu tomberas à coup sûr, des bars de plage de l’ensoleillée Costa del Sol jusqu’aux petits bistrots enfumés et perdus des ruelles étroites de Madrid. C’est un plat qui unit tout le pays, indépendamment des différences régionales.
Les locaux les commandent volontiers comme entrée rapide à partager pour toute la table et, dans la capitale, ils en font même de légendaires sandwichs appelés bocadillo de calamares. Ces baguettes garnies pleines d’anneaux frits se vendent à chaque coin de rue autour de la célèbre Plaza Mayor et constituent la base de l’alimentation des noctambules.
La clé du succès, c’est la fraîcheur à cent pour cent des fruits de mer et la bonne préparation de la pâte. Après friture, celle-ci doit être parfaitement croustillante et aérienne, tandis que la chair du calmar reste à l’intérieur incroyablement tendre et ne ressemble en aucun cas à du caoutchouc. On les sert généralement avec juste un quartier de citron frais ou une généreuse portion d’aïoli.
14. La fabada asturiana

Ce plat incroyablement nourrissant, lourd et robuste vient de la région montagneuse des Asturies, au nord, et est parfaitement idéal par un temps hivernal maussade et pluvieux. La base de ce ragoût mijoté longuement, ce sont des grands haricots blancs spéciaux appelés fabes, qui se distinguent par une texture merveilleusement beurrée et par leur capacité à absorber toutes les saveurs des ingrédients environnants.
Pendant les longues heures où le tout mijote doucement à feu doux, on ajoute aux haricots le fameux compango. C’est un mélange traditionnel et très gras de charcuteries locales comprenant le chorizo, cette saucisse fumée au paprika, la morcilla, le boudin noir et de gros morceaux de viande de porc persillée ou de lard.
Le résultat de ce long processus est une sauce épaisse, rouge foncé et brillante, pleine de puissantes saveurs fumées, qui coupe à coup sûr la faim de n’importe quel montagnard pour le reste de la journée. C’est un plat après lequel les locaux se prescrivent volontiers une longue sieste l’après-midi.
15. L’arroz negro

Cette variante de plat de riz très inhabituelle visuellement et légèrement dramatique vient de la côte est de l’Espagne et frappe au premier regard par sa couleur noire profonde. Elle se prépare dans une large poêle d’une manière très semblable à la paella classique, mais son aspect caractéristique et son goût spécifique proviennent de l’encre naturelle de la seiche ou du poulpe, qu’on ajoute au bouillon pendant la cuisson du riz.
Cette encre donne au plat non seulement sa couleur gothique, mais surtout une saveur très profonde, terreuse et légèrement salée de la mer, qui imprègne parfaitement chaque grain de riz. Outre la seiche elle-même coupée en morceaux, on ajoute aussi souvent des crevettes ou d’autres petits fruits de mer.
Traditionnellement, l’arroz negro est servi avec une grosse quenelle d’aïoli bien ail. Sa couleur blanche éclatante crée sur le lit de riz noir un magnifique contraste visuel et le crémeux de la mayonnaise complète à merveille la saveur terreuse de l’encre.
16. Les churros con chocolate

On arrive enfin en douceur aux desserts et là, avec Lukáš, on est absolument dans notre élément. Les churros sont en fait des bâtonnets allongés ou des larmes faites d’une pâte à choux spéciale, qu’on fait frire vivement dans une épaisse couche d’huile jusqu’à une croustillance absolue, puis qu’on enrobe généreusement, encore chauds, d’un mélange de sucre cristallisé et de cannelle.
Ils sont excellents et addictifs en eux-mêmes, mais la vraie magie gastronomique opère au moment où tu commandes une tasse de chocolat chaud pour les accompagner. Le chocolat espagnol n’a en effet pas grand-chose à voir avec le nôtre, plus liquide : il ressemble plutôt à un flan chaud très épais, dans lequel on trempe avec délice ces morceaux croustillants de pâte frite.
À Madrid, il existe de célèbres chocolaterías chargées d’histoire, comme le légendaire San Ginés, ouvertes non-stop. Les locaux s’y arrêtent au petit matin pour des churros en guise de remède traditionnel contre la gueule de bois après une longue nuit passée dans les bars à tapas, et nous, on aime bien les prendre comme touche sucrée après une promenade l’après-midi. ☺️
17. La crema catalana

Ce dessert traditionnel et soyeux du nord-est de l’Espagne est souvent comparé à la fameuse crème brûlée française. Mais les fiers Catalans t’expliqueront très volontiers et à voix haute que leur version ancestrale est bien plus ancienne et, forcément, nettement meilleure. La base est une riche crème aux jaunes d’œufs qui, contrairement à sa cousine française, n’est pas cuite au four au bain-marie mais dans une casserole sur la plaque, et épaissie à la fécule de maïs.
Son goût typique et inimitable lui vient d’une lente infusion d’écorce de cannelle et de zeste frais de citron ou d’orange, si bien que la crème finale n’a pas ce côté lourdement vanillé mais un léger caractère agrumes.
Juste avant de servir, la surface de la crème dans un ramequin en terre cuite est généreusement saupoudrée de sucre, qu’on brûle avec un fer à repasser spécial ou un chalumeau jusqu’à former une croûte de caramel dure. Briser cette couche vitrée à la cuillère et puiser dessous cette crème froide et parfumée est pour moi toujours une pure joie d’enfant.
18. L’arroz con leche

Un simple riz au lait peut sembler au premier regard un plat ennuyeux de cantine scolaire, mais la version espagnole appelée arroz con leche est un dessert incroyablement luxueux et crémeux, qu’on aime bien prendre comme touche sucrée apaisante après un lourd menu du midi.
Le secret réside dans une cuisson extrêmement lente du riz rond dans une grande quantité de lait entier, dans lequel on ajoute pour le parfum un bâton entier de cannelle et de longues lanières de zeste de citron. Le riz cuit en remuant sans cesse jusqu’à libérer tout son amidon naturel, ce qui donne une consistance naturellement épaisse et veloutée sans ajout du moindre épaississant artificiel.
Le dessert est servi frais dans de petits ramequins en terre cuite et sa surface immaculée est toujours généreusement saupoudrée de cannelle moulue. C’est un plat merveilleusement réconfortant et familial, qui te transporte instantanément, d’une seule bouchée, dans la vieille cuisine d’une grand-mère espagnole.
Que boire
L’Espagne s’enorgueillit fièrement de la plus grande superficie de vignes plantées au monde entier, si bien que tu croiseras ici une boisson d’une qualité exceptionnelle à chaque pas. Pour commander simplement un vin au dîner, il suffit de dire una copa de vino tinto (rouge) ou blanco (blanc) et, la plupart du temps, tu obtiendras une excellente production locale. Si tu aimes les vins rouges plus corsés, cherche absolument ceux des régions de La Rioja ou de la Ribera del Duero, où règne sans partage le célèbre cépage Tempranillo.
Les vins de ces prestigieuses appellations vieillissent de longues années en fûts de chêne et ont de magnifiques notes profondes de cuir, de mûre et de vanille. Pour les amateurs de bulles rafraîchissantes, il y a le Cava catalan, qui se fabrique selon la même méthode traditionnelle de vieillissement en bouteille que le vrai champagne français, mais avec des cépages espagnols locaux et à des prix bien plus avantageux.
Un chapitre tout à fait spécifique est le Sherry du sud de l’Espagne, venu du triangle andalou autour de la ville de Jerez de la Frontera. D’ailleurs, cette ville historique a obtenu le prestigieux titre de Capitale gastronomique espagnole pour 2026, on y prépare donc d’énormes festivals et dégustations à ne surtout pas manquer. Oublie les sirops trop sucrés du supermarché : le vrai Sherry sec de type Fino vieillit sous une couche de levures spéciales, sent le sel marin et l’amande et se boit glacé avec des olives et du fromage.
Ça te surprendra peut-être un peu, mais la fameuse et très sucrée sangria est surtout bue en Espagne par les touristes mal informés. En été, les locaux commandent bien plus volontiers un tinto de verano, un mélange extrêmement rafraîchissant de vin rouge et de limonade au citron avec une énorme montagne de glaçons. À Madrid, le week-end, c’est le vermouth classique qui a la cote : il est servi directement à la pression depuis de vieux fûts sur les marchés bruyants, avec une tranche d’orange et une olive. Et encore un conseil purement pratique : depuis 2022, tous les restaurants espagnols ont l’obligation légale de t’apporter sur demande de l’eau du robinet (agua del grifo) totalement gratuitement, alors n’hésite pas à toujours la demander.
Où aller ensuite
Si cette lecture sur les délices espagnols t’a mis en appétit et que tu prévois un voyage estival dans le sud de l’Europe, jette absolument un œil à nos autres guides détaillés. On a surtout eu un coup de cœur pour le sud ensoleillé du pays, alors si tu pars dans cette direction, ne manque pas notre guide de Séville, à nos yeux sans doute la ville la plus romantique de toute l’Espagne, pleine d’orangers parfumés et de superbes monuments historiques. Tout près se trouve Cordoue, où, outre la célèbre mosquée, tu tomberas justement sur le tout meilleur salmorejo du pays.
Pour les amateurs de tapas du soir et d’architecture mauresque, Grenade est une nécessité absolue avec l’Alhambra à couper le souffle, où subsiste aujourd’hui encore la merveilleuse tradition des généreux tapas gratuits avec chaque boisson. Si tu atterris sur la côte, on a rassemblé pour toi les incontournables à voir à Malaga, qui n’est plus depuis longtemps une simple et ennuyeuse escale d’aéroport. De Malaga, il n’y a qu’un pas jusqu’à l’arrière-pays montagneux, où se dresse la spectaculaire Ronda, coupée en deux par un profond gouffre. Les amateurs d’adrénaline apprécieront notre article sur le légendaire sentier du Caminito del Rey. Et pour tout réussir à faire, on a préparé pour toi un itinéraire complet pour les 20 plus beaux endroits d’Andalousie.
On n’a pas oublié le reste de l’Espagne pour autant. Qui préfère l’architecture iconique de Gaudí et l’ambiance cosmopolite appréciera nos conseils pour Barcelone. Et si le berceau de la vraie paella au riz t’attire, jette un œil à notre guide de la ville de Valence. Et comme nous ne faisons souvent que traverser l’Espagne pour aller plus à l’ouest, tu apprécieras peut-être aussi une inspiration sur les plus belles plages de l’Algarve, où tu arrives en quelques heures de voiture depuis l’Andalousie et où t’attendent de superbes falaises et un océan sauvage.
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Comparer les prix des voitures en Espagne →Questions fréquentes
Donne-t-on des pourboires dans les restaurants en Espagne ?
Le pourboire en Espagne n’est pas du tout aussi strictement exigé que chez nous en France ou outre-Atlantique, car u003cstrongu003ele personnel local reçoit un salaire normalu003c/strongu003e. Il suffit généralement d’arrondir l’addition finale à l’euro près, ou de laisser sur la table quelques petites pièces d’une valeur de cinq à dix pour cent si vous avez été vraiment exceptionnellement satisfait du service.
Quels sont les horaires d’ouverture des restaurants en Espagne ?
Pour nous autres Européens du Nord et du Centre, c’est parfois un choc, mais la plupart des bons restaurants u003cstrongu003en’ouvrent pour le déjeuner qu’entre quatorze et seize heuresu003c/strongu003e, puis ferment pendant plusieurs heures. Pour le service du soir, ils ouvrent au plus tôt à vingt heures, mais plutôt vers vingt heures trente. Si vous avez faim en dehors de ces horaires, les cafés ou les bars proposant des tapas vous sauveront à coup sûr.
La cuisine espagnole convient-elle aux végétariens ?
Bien que l’Espagne soit historiquement le pays du jambon séché et des fruits de mer, u003cstrongu003eles végétariens y trouveront également d’excellentes et savoureuses optionsu003c/strongu003e. Vous serez rassasié par la tortilla aux pommes de terre, les petits poivrons verts frits de Padrón, les délicieux fromages locaux accompagnés de pain à la tomate pan con tomate, ou les soupes froides andalouses gazpacho et salmorejo.
Que sont exactement les tapas ?
Les tapas ne sont pas une recette particulière, mais plutôt u003cstrongu003eune façon de servir la nourriture sous forme de petites portionsu003c/strongu003e, traditionnellement servies avec des boissons alcoolisées. Il peut s’agir d’un simple bol d’olives marinées, d’un morceau de fromage, d’une croquette frite, mais aussi d’une petite portion d’un plat mijoté plus élaboré. Elles font partie intégrante de la vie sociale en soirée.
Quelle est la différence entre les tapas et les pintxos ?
Alors que les tapas classiques se trouvent dans toute l’Espagne et qu’on en commande souvent plusieurs à partager à table, u003cstrongu003eles pintxos sont une spécialité du Pays basque au nordu003c/strongu003e. Il s’agit de bouchées très sophistiquées et visuellement magnifiques savamment disposées sur une tranche de pain et transpercées d’un cure-dent, que vous choisissez vous-même au comptoir du bar et que vous payez finalement selon le nombre de pics accumulés.
Quel vin régional devrais-je goûter ?
Vous ne devez absolument pas manquer les vins rouges corsés de u003cstrongu003ela prestigieuse région de La Rioja ou de la Ribera del Duerou003c/strongu003e, qui vieillissent en fûts de chêne et se distinguent par des arômes plus lourds. Dans le sud, en Andalousie, vous devez absolument essayer le véritable sherry sec vieilli sous une couche de levures spéciales, et en Catalogne le vin mousseux rafraîchissant appelé Cava.
Que boire à la place de la sangria touristique ?
Bien que les touristes étrangers adorent la sangria sucrée, les habitants préfèrent pendant les chaudes journées d’été u003cstrongu003eune boisson appelée tinto de veranou003c/strongu003e. Il s’agit d’un mélange très simple et rafraîchissant de vin rouge ordinaire et de limonade au citron ou d’eau gazeuse, servi dans un grand verre avec beaucoup de glace et une tranche de citron.
Dois-je acheter de l’eau en bouteille au restaurant ?
Vous n’y êtes pas obligé, car depuis 2022, il existe en Espagne une loi selon laquelle u003cstrongu003etout restaurant doit vous apporter gratuitement de l’eau du robinet sur demandeu003c/strongu003e. Il suffit de commander poliment auprès du personnel u0022agua del grifou0022 et vous éviterez ainsi des dépenses inutiles pour des bouteilles en plastique coûteuses.
