Nos amis de l’association CENTRUM DIALOG o.p.s. ont rapporté de leur dernier voyage au Kenya une foule d’impressions. Là-bas, les écoles poussent un peu partout, comme des champignons après la pluie. Savez-vous comment fonctionnent les écoles dans un bidonville ? Comment les enfants pauvres occupent-ils leur temps, et en quoi le système éducatif diffère-t-il du nôtre ? Si les histoires d’écoles en tôle ondulée ne comptant que deux salles de classe vous intriguent, poursuivez votre lecture.
Bien souvent, il suffisait de tourner au coin de la rue, de m’engager dans la ruelle la plus étroite, ou simplement de mieux regarder, et je la voyais – une école ! Ces dernières années, elles poussent littéralement comme des champignons après la pluie à Kibera : elles sont petites et elles sont partout. Et c’est une bonne chose.

Vous avez peut-être déjà entendu parler de Kibera – le plus grand bidonville du Kenya, qui s’étend depuis près de 90 ans dans la banlieue de la capitale, Nairobi. Environ un million de personnes y vivent. Cela ne poserait pas vraiment de problème si elles n’étaient pas toutes entassées sur 2,5 kilomètres carrés. Au vu de ces chiffres, chacun comprend que peu de choses fonctionnent ici – les égouts, le ramassage des ordures, l’approvisionnement, et tout le reste. Mais détrompez-vous : il y a une foule de choses qui marchent à la perfection !
La ville la plus entreprenante de la planète
La plupart des habitants de Kibera ne gagnent pas plus d’un dollar par jour. Et pourtant, ils ne baissent pas les bras et cherchent sans cesse des moyens de subsister. Là où un Européen n’aurait plus que ses yeux pour pleurer, un habitant de Kibera trouve toujours une idée. Outre les petites échoppes qui surgissent un peu partout le long des chemins et où l’on vous vend tout ce que vous pouvez imaginer, les femmes tressent les cheveux en petites nattes, les jeunes gravent des CD, des groupes de bénévoles collectent les déchets contre une modeste rémunération et fabriquent même des bijoux à partir des matières recyclables. Ce n’est qu’un modeste aperçu des activités qui « se passent » tout simplement à Kibera. Cet esprit entrepreneurial n’a pas échappé à The Economist, qui a qualifié Kibera en 2012 de « lieu le plus entreprenant de la planète ».

L’école comme espace, l’école comme avenir
Mais lors de mes promenades dans Kibera, c’est autre chose que l’esprit commerçant des habitants qui m’a fascinée. Alors que chez nous, on exagère parfois un peu trop avec le système scolaire – on construit d’immenses bâtiments aux dizaines de salles de classe, avec une cour colossale et un million de règlements – à Kibera, on ne fait pas tant de manières. On sait que si un enfant n’est pas à l’école, il sera dans les rues du bidonville, et là, rien de bon ne l’attend. Les écoles surgissent donc comme des champignons après la pluie – elles ne sont pas grandes, il s’agit souvent d’une ou deux salles de classe seulement, serrées sous un toit de tôle ondulée. Une cour, elles n’en ont presque jamais – l’espace fait partie des biens les plus précieux à Kibera. Et même si l’on pourrait objecter qu’une école à deux salles n’est peut-être pas vraiment une école, c’est tout le contraire qui est vrai.
250 pour 3
Dans tout Kibera, il n’existe que trois écoles publiques, qui sont loin de pouvoir couvrir les besoins éducatifs de la région. Et tandis qu’il semble que l’État se moque éperdument de l’avenir des enfants du bidonville, ce n’est ni le cas des parents ni celui des travailleurs locaux. Ces dernières années, grâce aux communautés et à de petites subventions, près de 250 écoles et maternelles privées ont vu le jour à Kibera. Leur objectif premier : que les enfants passent le plus de temps possible dans un cadre organisé. Une partie de l’enseignement se déroule de façon classique, sur les bancs et avec des livres, mais les enfants apprennent souvent par le chant et la récitation de comptines ou de jeux. Grâce à ce réseau de petites écoles et maternelles, Kibera parvient à réaliser ce qui semble à première vue impossible : offrir un avenir aux enfants.
Fascinée
Avec le coordinateur Adada, il nous suffisait bien souvent de tourner au coin de la rue, de nous engager dans la ruelle la plus étroite, ou simplement de regarder un peu plus attentivement, et je la voyais – une école ! Elles étaient à chaque coin de rue, et il s’en échappait des rires et le brouhaha des enfants. J’ai pris conscience à quel point il est merveilleux de faire les choses parce que l’on est convaincu qu’il s’agit d’une bonne cause, et non parce que la loi l’impose. Pourtant, malgré ces efforts colossaux, la partie est loin d’être gagnée à Kibera. Il reste encore une foule d’enfants qui ne peuvent tout simplement pas se permettre l’école, même s’il ne s’agit en apparence que de sommes dérisoires.
a été fondé grâce à des bénévoles locaux et à la collaboration avec le Centre Dialog, dans le but premier de donner une chance d’accéder à l’éducation aux enfants socialement et économiquement défavorisés. C’est la raison pour laquelle plus d’un tiers des enfants ne paient pas de frais de scolarité, et qu’un autre tiers paie moins de la moitié des frais habituels. L’école a également commencé à offrir gratuitement aux enfants jusqu’à trois repas par jour, leur garantissant ainsi une alimentation équilibrée et saine. En quelques années d’existence, la Kibera Utu Academy est devenue, malgré de grandes contraintes, l’une des écoles les plus recherchées des environs. Mais le nombre limité de classes oblige les fondateurs à refuser des demandes d’admission et à maintenir un effectif stable, du moins jusqu’à ce qu’ils disposent des moyens suffisants pour l’agrandir.
C’est justement l’agrandissement de l’école qui constitue aujourd’hui un grand défi pour ses fondateurs. À proximité du bâtiment se trouve une maison à vendre qui offrirait des espaces idéaux pour l’enseignement. Malheureusement, son prix de vente reste hors de portée de nos amis kenyans – il a été fixé à environ 50 000 euros. Nous avons donc décidé de soutenir nos amis et de tenter de réunir des fonds en Europe.
Vous aussi, vous pouvez aider à concrétiser ce projet audacieux. Vous trouverez toutes les informations ici.

