Aujourd’hui, ce sera un peu différent. Si tu cherches plutôt un descriptif de comment traverser les Tatras, va voir notre autre article. Aujourd’hui, je vais te parler du danger dans les Tatras de Slovaquie, des raisons qui nous y ont poussés et de ce qu’on y a vraiment fait. Je vais te parler de mon amour pour la Slovaquie et de pourquoi tu devrais l’aimer toi aussi.

Pourquoi la mission Slovaquie a commencé
J’ai une place toute particulière pour la Slovaquie dans mon cœur. Mon père dit qu’il a toujours veillé à ce qu’on n’oublie jamais notre histoire commune. Du coup, je passais mes vacances en Slovaquie ou avec mes amis slovaques, qui tenaient eux aussi à ce que je sache ce qu’est une « lopta » (un ballon) et que je prononce correctement « čučoriedka » (myrtille) et « fialôčka » (petite violette).
Grâce à ça, je comprends le slovaque sans grand problème. Je lis des livres en slovaque et même l’accent de Košice des vrais habitants de l’est ne me déstabilise pas.
J’essaie de garder mes amis slovaques, j’ai le sentiment d’avoir besoin de leur sang plus sauvage et plus fou dans ma vie. Quel choc ça a été pour moi quand, il y a un an, Lukáš m’a avoué qu’il n’était jamais allé en Slovaquie. Il ne comprenait pas toujours notre amie slovaque et n’avait jamais goûté de vraies halušky.

Et c’est ainsi qu’a commencé ma mission Slovaquie. À la première occasion, j’ai emmené Lukáš à Bratislava, je lui ai présenté la plupart de mes amis slovaques et je lui ai mis des livres slovaques entre les mains. Alors il a lu, lu, puis il a écouté, écouté, jusqu’au jour où, debout ensemble dans les Hautes Tatras slovaques, il a déclaré qu’on allait s’installer ici.

Exactement la même phrase que j’avais prononcée il y a 15 ans en écoutant parler mes amis de Bratislava. À l’époque, je pensais que j’épouserais forcément un Slovaque (ce qui, vu notre mariage qui approche, ne se réalisera sans doute pas). Mais l’idée de vivre en Slovaquie ne s’éloigne pas. Au contraire, elle se rapproche.
Une spécialité tchèque ? Une bombe dans le train
Depuis Paris, on rejoint les Tatras en avion jusqu’à Cracovie ou Bratislava, puis en train ou en voiture. Nous, on est partis depuis la République tchèque, en passant par Ostrava où on participait à une journée Nanodne.
On avait tout calculé pile pour arriver à Štrba avec la dernière liaison (le village de Tatranská Štrba) et attraper juste à temps le petit train de correspondance vers Štrba, arrêt (le village de Štrba, oui, c’est un vrai bazar leur affaire), où on avait notre hébergement façon punk.

Sauf que quelqu’un a signalé une bombe dans un train et notre train avait plus de 40 minutes de retard. Comme il était dix heures du soir, on a décidé de prendre un taxi (il y avait quand même environ 5 kilomètres jusqu’à notre logement).
Sauf que deux citadins gâtés (je parle de nous) s’étaient trompés dans leurs calculs : forcément, un samedi soir dans une petite ville, ce n’est pas si facile de trouver un taxi. L’un nous a dit qu’il ne pouvait pas venir avant une heure, l’autre qu’il allait se coucher. On n’a trouvé aucun autre numéro.
Ce que j’adore chez les Slovaques
La serviabilité et la gentillesse que j’apprécie tant chez les Slovaques se sont manifestées dès qu’on s’est lancés dans la nuit avec nos sacs à dos de 10 kg vers le logement. Le propriétaire de notre appartement a déclaré qu’il était hors de question qu’on aille à pied et il est venu nous chercher.

Un hébergement à 10 € par personne
Notre hébergement ne nous a coûté que 10 € par personne, alors on avait un peu peur de ce qui nous attendait. On s’est retrouvés dans une maison tout droit sortie d’un film rétro, l’escalier sentait comme le grenier de ma grand-mère et les appartements étaient meublés avec du vrai mobilier socialiste d’époque. Mais tout était reluisant et propre au point qu’on aurait pu manger par terre.

Être dans les Tatras slovaques fin mai a ses avantages et ses inconvénients. Je commence par les avantages ou par les inconvénients ? Allez, les avantages : il n’y a pas de touristes. La plupart des gens que tu croises sont des Slovaques.
Des sorties scolaires, des team buildings ou tout simplement des locaux et des promeneurs venus des villes. Mais voilà les inconvénients. La plupart des sentiers n’ouvrent qu’à la mi-juin. Et malheureusement, on ne le savait pas, parce qu’on ne s’était évidemment renseignés sur rien.
Danger dans les Tatras : pourquoi il faut ABSOLUMENT regarder VERS LE HAUT
Heureusement, nos premiers pas nous ont menés à l’office de tourisme. On y est entrés tout fiers en annonçant qu’on partait au sommet du Koprovský štít et en réclamant une carte. Et ils ont anéanti notre plan avant même qu’on arrive au comptoir, en disant qu’il était hors de question d’aller là-bas, car le chemin était fermé.

Ils nous ont conseillé d’aller de Štrbské pleso à Popradské pleso, puis jusqu’au refuge Sliezsky dom. « Une fois à Popradské pleso, regardez les nuages et décidez si vous continuez. Ne vous faites surtout pas prendre par un orage au sommet », nous expliquait le jeune homme de l’office de tourisme, et on a acquiescé. Alors on est arrivés à Popradské pleso, on a regardé les nuages d’orage, on a haussé les épaules et on a grimpé sur la colline (cette colline s’appelle l’Ostrva).
Ouais, et puis c’est arrivé. Et ce n’était pas une petite pluie ordinaire. C’était un véritable orage, de ceux où l’on comprend l’essence même de l’hymne slovaque.

Comment on a failli mourir
J’ai toujours adoré les orages. Mais j’ai rapidement revu mon rapport aux orages quand on a continué sous une pluie battante en direction du Sliezsky dom. On n’avait ni cape de pluie, ni sweat. Et autour de nous, la foudre s’abattait et se brisait contre les montagnes alentour.
« Si la foudre me tombe dessus, effacez tous mes SMS s’il vous plaît. Sinon ma copine va me tuer une deuxième fois », plaisantait le Slovaque à côté de nous, mais nous, ça ne nous faisait pas tellement rire. On était quand même des Tchèques. Et les Tchèques adorent tomber dans les Tatras (on nous l’avait répété plusieurs fois avant le départ).
CRAC. CRAC. CRAC
Le tonnerre grondait de tous les côtés, on ne voyait plus le chemin à travers la pluie et on commençait déjà à compter les petits anges.
BOUM.
Je me suis jetée au sol en protégeant ma tête. La foudre venait de frapper à quelques pas de nous. J’avais le cœur dans l’estomac, dans les artères, les poumons, la tête, bref j’entendais partout mon sang pomper avidement. Officiellement, on se retrouvait en plein milieu de l’orage.

Il faut continuer, même quand la foudre fait rage autour de toi
Mais il n’y avait rien d’autre à faire que de continuer. Alors tous les trois, avec le Slovaque blagueur, on a longé le sommet les jambes tremblantes. On n’était plus vraiment des humains mais une masse mouvante d’eau qui ruisselle. On n’avait plus rien de sec. Mais ça ne nous tracassait pas. L’eau mêlée à l’adrénaline était au fond plutôt tiède et notre seul souci était de redescendre le plus vite possible.

Après une heure d’orage, la pluie a soudain faibli et on s’est retrouvés (enfin !) sur un chemin qui descendait à travers la forêt. Notre Slovaque nous a invités à boire un thé des Tatras et à manger des halušky. Après 23 km, 900 m de dénivelé, trempés jusqu’aux os et avec un peu d’alcool dans le sang, on s’est enfin sentis baptisés par les Tatras slovaques. Et on s’est tout de suite acheté des capes de pluie.
L’avantage de ne rien planifier, quand tu as enfin des capes de pluie

Le lendemain, on était inutilisables (notre condition physique est partie hiberner à cause du froid, et depuis on ne l’a jamais revue). Tout nous faisait mal, mais on ne voulait pas perdre la journée à ne rien faire. On est donc partis pour une montée assez simple jusqu’aux cascades Skok.
Cette superbe balade, avec un beau temps assuré par deux capes de pluie dans le sac, dure environ 2 à 3 heures (ça dépend du temps que tu passes aux cascades), pour 10 km et 400 m de dénivelé. Ça vaut vraiment le détour et même les enfants peuvent la faire.

L’avantage de ne rien planifier, c’est que lorsque quelqu’un te conseille un endroit vraiment génial où aller, tu peux partir dès le lendemain. Et c’est exactement ce qu’on a fait.
Notre Slovaque, rencontré en plein orage, nous a convaincus qu’on NE DEVAIT PAS quitter les Tatras sans avoir dormi dans l’un des refuges. On hésitait entre le Terryho Chata et le Chata pri Zelenom Plese.
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Au final, on a opté pour un refuge moins connu mais (comme tu le vois sur les photos) magnifique, au milieu d’un paysage à couper le souffle : le Chata pri Zelenom Plese, accessible depuis Tatranská Lomnica. C’est un véritable petit miracle dans les Tatras. Il existe depuis la fin du XIXe siècle et a brûlé deux fois. Il a changé de nom selon ceux qui gouvernaient. Sous les Habsbourg, c’était le refuge Fridrich, sous l’ancien régime le refuge Brnčál.

Aujourd’hui, il est donc vert, posté au bord d’un magnifique lac émeraude, gardé par un énorme chien tout poilu, et la plus belle vue sur lui s’offre à toi quand tu pars de là vers le haut (la montagne) en direction du Skalnaté pleso.
Le prix, dîner et petit-déjeuner inclus, est de 29 euros, et on a même eu une chambre pour deux avec des douches neuves de luxe (oui, on aime bien se doucher). Si tu veux y aller, réserve ta place à l’avance et commande le repas que tu souhaites. Ils te prépareront volontiers quelque chose de végan et gèrent peut-être aussi d’autres régimes.

La vue de la salle à manger sur le petit lac émeraude entouré de montagnes est difficile à décrire. Si nos photos te donnent l’impression que c’est magnifique, je te le dis : dans la réalité, c’est beaucoup, beaucoup plus beau encore.

Après une nuit au refuge, quelque chose a changé en nous. Un calme indescriptible nous a envahis jusqu’au bout des doigts. Et on est redescendus vers le train avec légèreté et une satisfaction totale. On est repartis chez nous avec des étoiles dans les yeux, en se regardant l’un l’autre avec une question muette : quand est-ce qu’on revient ici ?
Et on est revenus très vite, puis on a traversé les Tatras de bout en bout.
